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Les Oiseaux de passage
Colombie | 2019 | 02h05
Réalisation : Ciro Guerra, Cristina Gallego
Avec : José Acosta, Carmiña Martínez, Jhon Narváez

La séance marquée DP signale le dernier passage du film.

  • Ven 26 Avril 18h00
  • Sam 27 Avril 20h30
  • Mar 30 Avril 17h30
  • Ven 03 Mai 18h30
  • Lun 06 Mai 20h30 DP
Dans les années 1970, en Colombie, une famille d'indigènes Wayuu se retrouve au cœur de la vente florissante de marijuana à la jeunesse américaine. Quand l'honneur des familles tente de résister à l'avidité des hommes, la guerre des clans devient inévitable et met en péril leurs vies, leur culture et leurs traditions ancestrales. C'est la naissance des cartels de la drogue.
Festival de Cannes 2018, La Quinzaine des réalisateurs.

Le titre français est celui d’un beau poème de révolte, de Jean Richepin, connu surtout dans sa version abrégée qu’avait mise en chanson Georges Brassens. Sans cette référence à l’esprit de poésie réfractaire, mâle et sauvage, antibourgeoise (oiseaux de passage contre pigeons), difficile à partir de son seul titre de se faire une idée conforme du nouveau film de Ciro Guerra et Cristina Gallego, duo réalisateur-productrice auquel on doit le boormanien et amazonien l’ Etreinte du serpent, sorti il y a quatre ans.
Les Oiseaux de passage, s’il avait voulu évoquer fidèlement le cinéma de genre auquel il appartient en effet, passé un prologue à tendance ethnologique sur les Indiens wayúu, leurs rites, magie et traditions, et s’il avait voulu signaler le style épique qu’il poursuit dans l’espoir d’ameuter un plus large public que celui world cinema friendly qui se flattera seul d’aller découvrir un film colombien, peuplade pittoresque avec dialecte, aurait mieux dû s’intituler Il était une fois en Colombie, par exemple. Puisque c’est de cela, d’un western et pas d’autre chose, d’une saga ample qui fait parler la poudre, qu’il s’agit. La vraie nouveauté, c’est que le western est ici fait par les Indiens, non les cow-boys. Ça, Triple Frontière s’en chargeait le mois dernier sur Netflix.
Le jeune héros, Rapayet, fou d’amour pour la farouche Zaida, s’il veut obtenir de la mère et matriarche Ursula la main de la jeune fille, doit réunir une considérable dot. Du café dont il faisait commerce, il se résout vite à passer au trafic de marijuana, cent fois plus lucratif, à l’incitation de blonds Américains du Nord flower power portés sur la fumette et la distribution planante de tracts imprimés «No al comunismo».
Rapayet s’organise, met en scène le système clandestin de transaction et de passage, crapahute avec Moisés, son pote et associé, aussi extraverti bling-bling que lui est taciturne et sobre, soit traversant le territoire aride, de poussière, de vent et d’océan, de la Guajira, soit montant à flanc de coteaux luxuriants, humides et fertiles, de la Sierra Nevada de Santa Marta. Le ver de la convoitise est dans le fruit, on arpente en tous sens la géographie du narcotrafic, concrètement, physiquement, et l’enrichissement, de pick-up en Rolex, à vue d’œil. Marié, deux enfants.Comme dans un film de Sergio Leone ou un récit homérique, il s’agit de conter l’histoire d’un territoire - de l’arpent de terre au continent entier, sa mythologie -, saisie en épopée ample et héroïque, sanglante et meurtrière, très politique - comment cela se passe à l’intérieur des terres, du point de vue des indigènes récoltants qui livrent aux lointains capitalistes trafiquants de quoi rendre le monde entier stone et réjoui -, en suivant des personnages sur une large période, historique. De 1968 à 1980, le film est ponctué de cinq «Cantos», à chacun son titre.
Cette histoire ne se limite pas à égrener la vie, chronique anthropologique et liens claniques, familiaux, d’une succession de figures hautes en couleur, elle s’échine à transcrire scène à scène, crescendo, la légende de tout un peuple. Du simple topique pour touristes, du folklore indigène, le film s’élève au niveau supérieur, à la beauté des archétypes. Les plus viles créatures sont hissées à des dimensions fabuleuses, hiératiques, voyous bouffons à la dent d’or, mères magiciennes, messagers ou démons en Ray-Ban, gardes cerbères : destin et capitalisme, prospérité et mauvais augures, villa rococo au milieu de rien, du vent, décadence et prophéties, oiseaux et sauterelles, essaim des massacres, mort, mission civilisatrice et dressage à la barbarie, tragédie, psychédélisme… Voilà qui dessine la ligne sinueuse, folle, parcourue par le film. Chaque homme qu’on liquide fait sursauter, le bruit de la détonation est surpuissant.
Comme il y eut la revisite sous une forme antihéroïque, patibulaire, abâtardie, du western classique par le western spaghetti, il faudrait parler des Oiseaux de passage comme d’un «western indien» ou «chaman», mêlant ethnologie tribale - les Wayúu donc, vivant tout au nord de la Colombie, seule enclave amérindienne que les Espagnols jamais ne conquirent -, sortilèges, visions, présages et ultraviolence. Les messagers sacrés se relaient en palabres innombrables, marchandages infinis, dans la grande parentèle du narcotrafic. L’argent facile se planque en profanation des tombes des ancêtres, comme les fusils, nerfs de la guerre où tout implose fatalement. La poussière retourne à la poussière.D’une âpreté belle via sa parfaite économie des moyens, sa mise en scène des grands espaces, ses cadres terriens, les Oiseaux de passage est de ces films qui ne se dévoilent pas au premier abord, qui «deviennent». Les plus beaux sans doute parce que les plus saisissants, ces films qu’on n’avait pas vu venir se déploient lentement. Il prend corps sans hâte, avec passages un peu mous ou statiques. Parfois, il s’attarde à son opération de séduction ethnologique pour gringos de festivals prestigieux quand il n’est plus temps.
Les étendues ensablées, la trajectoire arborescente, et jusqu’aux vibrations de la guimbarde aux échos d’Ennio Morricone, tout est sauvagement mêlé en vue de la parure rêche et somptuaire d’un film-patchwork : le sang rouge, la dévastation noire et les fléaux gris, le romantisme sable et or de la vengeance. Il fera beau voir ce que les Indiens futurs de Ciro Guerra et ses prochains cow-boys, rien moins que Robert Pattinson et Johnny Depp, confirmeront de ce talent de conteur ou non : l’adaptation d’En attendant les barbares de J.M. Coetzee, est déjà dans la boîte, tournée en partie au Maroc et en Italie. On espère les esprits intacts, indomptés. Que le désert, toujours, avance.

Camille Nevers, Libération
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